Heidi ne put endurer ce nouveau choc. Le soutient psychologique et affectif de son fiancé lui était devenu indispensable. Elle était maintenant seule à assumer le petit Eddy qui venait d’hériter de ses malheureux parents. Et en temps que tuteur, c’était à Heidi de s’occuper de l’éducation du petit et de reprendre la gestion de la société Peeters, jusqu’à ce qu’Eddy soit capable de le faire lui-même. Cette tâche, accomplie pendant des années aux côtés de Monsieur Peeters, lui semblait maintenant insurmontable. Son sommeil était peuplé de cauchemars atroces et les voix de ceux qui lui étaient devenus familiers la réveillaient plusieurs fois par nuit, la laissant hagarde et angoissée. Dirk abandonna son poste pour venir la rejoindre et l’aider à surmonter cette épreuve. Sa présence la réconfortait mais, chaque soir, leurs conversations butaient sur la même interrogation : « S’agissaient-ils de simples accidents ? »
Cette interrogation se fit de plus en plus précise au fil de leurs discussions. En effet, à force de repenser tout le temps aux différents accidents (disons accident pour le moment puisqu’il s’agit de l’opinion de la police), nos deux amis sont parvenu a constituer une véritable toile de questions qu’ils vont successivement essayer de résoudre. Pensant que la police a vite clos le dossier de leur famille, Heidi et Dirk vont mener leur enquête avec le soutient d’un ami détective, John, pour qui, lui aussi, tout cela semble louche. Il ne croit pas non plus aux accidents.
Ils commencent par récupérer l’agenda de Monsieur Peeters. Ils ne peuvent que constater, avec un certain effroi que la société paternelle venait de rompre le marché avec la société DIETTER & Sohn. Dirk pensa immédiatement à son ancien patron. Il connaissait parfaitement l’histoire :
« Munich, ville industrielle allemande. Depuis des générations, la famille Dietter exploite une de ses usines où elle conditionne du gaz. Cette usine exporte ses gaz dans l’Europe entière. Depuis la construction du tunnel sous la Manche, ils sont partis à la conquête de l’Angleterre.
Dans l’entreprise DIETTER & Sohn, l’heure de la succession a sonné. Et à en juger par la décision de Monsieur Dietter, Hans, son fils unique, serait suffisamment mâture et apte à prendre sa place. En effet, Hans vient juste de fêter ses trente-cinq ans. Son travail est sa seule occupation. Son univers se limite à un petit deux-pièces avec vue sur l’entreprise familiale. Quel tableau ... !
Depuis dix ans qu’il fait carrière aux côtés de son père, le moment est venu pour lui de prendre en main la direction de l’entreprise. En définitive, cela ne changera pas fondamentalement la situation puisqu’il occupait déjà des relations avec la clientèle, de la signature des contrats et qu’il se déplaçait régulièrement pour vérifier le bon acheminement des marchandises. Néanmoins, il ressentait comme un honneur de passer du statut d’employé à celui d’employeur.
Hans est un homme d’affaires prodigieux, bourré d’ambition avec des projets plein la tête et, malgré ses petits défauts et son physique particulier, caractérisé par une petite moustache à la Adolf Hitler, tout porte à croire qu’il jouira d’un bel avenir.
Revenons à son étrange moustache... Il a choisi de la porter par respect envers son modèle. Depuis son plus jeune âge, il voue un véritable culte à Adolf Hitler, qu’il vénère et élève au rang d’exemple. Il est en parfait accord avec le mouvement fasciste, tolère à peine les étrangers et à en horreur les résistants et les Alliés qui ont comploté, menti et réduit à néant le vaste empire de son héros. Parfois, cet idéal va jusqu’à handicaper son travail.
Ces mensonges et ces trahisons l’ont rongé durant des années. D’ailleurs, à l’école, il n’a jamais voulu apprendre la langue de Shakespeare, il avait comme développé une allergie à cette langue et ne supportait pas les gens qui la parlaient. Il les détestait même... Vingt ans plus tôt, cela l’avait même poussé à agir... C’était au temps où Hans fréquentait toujours le collège, il avait alors quinze ans. Son établissement procédait comme chaque année à un échange scolaire et cette année-là, il était réalisé avec un lycée anglais, celui du Newcastle. Il était furieux à l’idée que des Anglais allaient venir envahir sa chère école.
Un beau matin, prenant place à son banc au fond de la classe à côté du radiateur, ce banc qu’il chérissait et adorait, celui sur lequel il dessinait ses croix gammées, celui qu’il avait marqué comme étant son territoire, celui qu’il occupait toujours seul... Celui-ci offrait malheureusement une place vacante. Cette pensée ne l’avait jamais effleuré avant ce jour, pas même avant cet instant précis où un visage inconnu avait fait son apparition dans l’embrasure de la porte. Directement, le professeur désigna son banc du doigt et invita le nouveau à y prendre place. C’était un jeune garçon bien mis avec les cheveux gominés, plaqués en arrière et la raie au milieu. Il portait une sorte d’uniforme bleu marine avec une chemise blanche. En s’installant, il ouvrit la bouche et dit « Hello ». Cette simple parole de politesse signa son arrêt de mort : il devrait payer pour avoir osé utiliser cette langue en la présence de Hans et à son adresse en plus !
Notre ami se plongea dans ses pensées pour savoir quelle correction il allait infliger à son « nouveau camarade ». Il devait le faire taire, s’assurer que plus jamais il ne pourrait s’adresser à quelqu’un dans cette langue, qu’il ne pourrait plus prononcer un seul mot, que l’on n’aurait plus à supporter le son de sa voix.
Un matin d’hiver, dans l’obscurité des toilettes, à l’aide d’une paire de ciseaux spécialement aiguisés pour l’occasion, Hans passa à l’acte. Cet étudiant fut sa seule victime et après cet épisode, il ne fut plus violent. Après avoir oublié ce que sa colère l’avait poussé à faire, il entreprit de se lancer dans l’apprentissage de l’anglais ce qui, pour le poste qu’il occupe aujourd’hui, est une nécessité. Par moments, ses vieux souvenirs refont surface. Avec le temps, il a appris à se contrôler et à calmer ses ardeurs, il ne se laisse plus influencer, ni guider par ses pulsions agressives, il est maître de lui et est devenu un chef exemplaire.
Peut-être que celui qu’il a toujours admiré y est pour quelque chose ? »
Et n’était pas sans savoir que cet homme toujours si froid, à qui on ne pouvait jamais parler d’autre pays ou de peuple étranger, qui jamais ne le complimentait, qui n’avait confiance qu’en lui... Ce jeune garçon qu’il avait été et qui avait coupé la langue d’un de ses condisciples lorsqu’il était encore au collège. Et puis, ce pauvre monsieur Peeters qui venait de rompre leur marché, qui possédait tout ce dont rêve un homme : une femme et des enfants qui l’aiment, un bon statut, une maison chaleureuse... et qui de surcroît était anglais. Tout faisait de lui la parfaite victime d’un fasciste devenu psychopathe... Sa passion pour Hitler avait continué à faire grandir sa haine, cette haine si puissante, si incontrôlable qu’elle lui avait permis d’imaginer ces mises en scène machiavéliques et de les mener à bien.
Ils poursuivirent tous trois leur enquête dans cette direction et prouvèrent, de fil en aiguille, de présomption en preuve, que ces accidents étaient, en réalité, des assassinats. Ils avaient été si bien exécutés que même les services de police avaient été dupés. Sans la persévérance de Dirk et de Heidi, ses crimes auraient très bien pu rester impunis. Mais, justice fut rendue, Monsieur Dietter avoua ses crimes. En effet, c’est lui qui a pénétré dans le garage et qui a orchestré le « suicide » de Shirley en reliant le pot d’échappement à l’habitacle de la voiture. C’est encore lui qui a suivi notre famille lors de son déménagement, et que une fois l’installation terminé, à par l’intermédiaire de la cheminée insufflé du monoxyde de carbone dans la salle de bain, tuant par cette occasion les deux aînés. Et c’est toujours lui qui a cambriolé la société de Monsieur Peeters, subtilisant le gaz qui, par le réseau anti-incendie, tuera notre chef d’entreprise préalablement assommé.
1/10 sur 1 vote
Sélectionnez une note dans le menu déroulant.Aucun commentaire
Créer un site internet gratuit avec E-monsite.com
- Signaler un contenu illicite
- Voir d'autres sites dans la catégorie Pages personnelles
Videos Droles
- Clips musique
- Cours création de site web