Quand la passion devient haîne... (chapitre deux)

Comme chaque matin, l’agitation prend possession des lieux. En bref, chacun se prépare à sa manière pour affronter une dure journée de labeur.

Will et Tom (de Tommy) se chamaillent gentiment pour savoir lequel d’entre eux deux aura l’immense privilège de terminer le paquet de corn flakes.

Shirley, elle, est assise dans son fauteuil, absorbée par la lecture de son hebdo préféré et, comme à son habitude, rien d’autre ne la préoccupe. Elle avait obtenu sa matinée de congé en refilant ses heures d’études à une de ses jeunes collègues... grâce à je ne sais quel prétexte absurde ! Elle avait donc dans l’idée de passer ces quelques heures à s’occuper d’elle.

Pendant ce temps, à l’étage, Heidi s’occupait du « petit bout ».

 

Un quart d’heure plus tard, le calme avait regagné l’habitation. Les « tornades » étaient parties, Harry était au bureau et les deux plus grand à l’école.

 

Une voix raisonna dans la maison, celle d’Heidi :

- « Shirley, je vais au supermarché faire des courses pour le dîner, avez-vous besoin de quelque chose ? »

- Non, ça ira. Ne sois pas trop longue, sinon je serai déjà partie.

- Ne vous en faites pas, je serai rentrée avant votre départ. Je prends Eddy (petit nom d’Édouard) avec moi.

 

Cela ne perturba aucunement notre Shirley qui se dirigeait à présent vers la cuisine pour prendre un concombre, ingrédient nécessaire pour son masque de beauté. Ce masque dont elle seule connaît le secret et les vertus, soi-disant nombreuses. Un petit bruit stoppa son élan, il venait du garage. Elle s’y dirigea, alluma la lumière et ne vit que le chat du voisin qui avait dû s’y introduire durant le va-et-vient matinal.

Les aiguilles de l’horloge tournaient, le cap des dix heures était passé depuis longtemps et la onzième heure en bonne voix de l’être à son tour. Shirley s’impatientait, elle devait partir, elle devait être au collège pour son cours de onze heures vingt et le trajet dure approximativement quinze minutes, cela ne lui laissait que très peu de battement. Et si elle ne se décidait pas immédiatement, elle risquait d’être en retard !

Elle partit sans attendre le retour d’Heidi et, pour prévenir laissa un bref message à l’écran de l’ordinateur de son « cher » époux, resté sur sa table. Elle prit place dans sa voiture, voulut mettre sa ceinture et fut stoppée dans son élan par un bras musclé qui lui pressa un tampon imbibé de chloroforme sur le visage.

Au retour d’Heidi, le moteur vrombissait et les gaz d’échappement avaient envahi le garage. Shirley, la tête appuyée sur le volant, était sans vie.

La jeune fille se rendit dans la cuisine pour déposer Eddy et analyser tant bien que mal la situation. Malgré l’état de choc dans lequel elle se trouvait, elle parvient à déchiffrer le message qui était affiché à l’ordinateur, il disait ceci :

« Je ne veux plus continuer comme ça, mes enfants ne m’apprécient pas... Je n’en peux plus... Au revoir ! »

Là, Heidi succomba complètement à la panique : la chère Madame Peeters s’était donné la mort !

Heidi saisit le téléphone, commença par prévenir la police, ensuite, l’ambulance et pour terminer, sonna à Monsieur Peeters pour lui annoncer la terrible nouvelle. Il fut désemparé et fondit en larmes au téléphone. Le plus dur restait à faire : informer les garçons qui, à cette heure, étaient toujours à l’école.

Ce jour-là, pour la toute première fois, Harry remplit enfin son rôle de père, il se chargea d’aller rechercher Will et Tom pour leur expliquer ce qui s’était passé le matin.

Durant ce temps, la police quittait le garage, concluant à un suicide. Malgré l’étonnement et les nombreuses questions de la famille, ils ne voulurent rien entendre, ni leur répondre.

L’enterrement eut lieu la semaine suivante. Les enfants étaient complètement chamboulés. Ils ne mangeaient plus rien, ne riaient plus et ne jouaient plus. Toute la maisonnée semblait perdue comme si le temps s’était arrêté et comme si les aiguilles avaient cessé de tourner. Cet affreux silence pesait lourd ! Pourquoi avait-elle fait cela ? Cette question était sur toutes les lèvres, Will fut le seul à oser la poser, mais il ne reçut aucune réponse.

 


 

Après deux mois, les petits n’avaient pas encore acceptés la disparition de leur mère. Devant la souffrance de ses enfants et la sienne, Harry prit l’initiative de déménager, persuadé qu’en changeant d’environnement, ils oublieraient plus facilement. Il mit également en location la demeure familiale et dénicha une jolie petite maison avec un agréable jardinet à l’opposé de la ville. Avant de s’y installer, il fit procéder à quelques réparations et fit appel à plusieurs techniciens pour s’assurer du bon fonctionnement des installations d’électricité, de gaz, de chauffage, d’eau... la routine !

L’agitation, le changement d’atmosphère et le dépaysement total furent bénéfiques à tous. Ils retrouvèrent le sourire et le moral. La vie recommençait après plusieurs mois d’absence. Harry reprit le travail. Will et Tom le chemin de l’école. La vie reprit ses droits.

 

Harry, ce soir-là, s’était absenté. Comme à son habitude, Heidi avait donné le bain à Édouard pendant que ses deux frères soupaient. L’heure des aînés étant arrivée, elle partit faire couler l’eau pour surveiller la température. Tandis que la baignoire se remplissait, les deux « loustics » se déshabillaient et sautèrent dans l’eau chaude. Heidi leur donna l’instruction de couper le robinet d’ici cinq minutes et d’aller se coucher directement après leur baignade. Elle partit dans le salon avec « le petit bout » pour lui donner à manger. Dès le repas terminé, elle s’installa avec lui dans le divan. Elle s’endormit et le « petit » aussi. Dans la salle de bain également, les deux garçons semblaient s’être assoupis… sans fermer le robinet.

Quand Harry rentra, il trouva sur le canapé, la jeune fille et Eddy, plongés dans un profond sommeil. De peur qu’ils prennent froid, il les couvrit d’un édredon.

Une odeur d’humidité flottait dans l’air. Plus il s’enfonçait dans le couloir en direction de la salle de bain, plus elle devenait forte. Une fois dans la pièce, il ouvrit la fenêtre pour aérer. En découvrant les deux corps inanimés, il prit leur pouls et, grâce à son métier, comprit vite ce qui s’était passé : intoxication au monoxyde de carbone, ce gaz particulièrement dangereux qui se dégage lors de la combustion et qui vous alourdit jusqu’à vous endormir définitivement : « le tueur silencieux ». Les deux garçons avaient succombé, mais qu’en était-il des deux autres ?

Il se précipita dès lors au salon et réussit à sortir Heidi de son sommeil. Elle était groggy, mais, comprenant la situation, se dirigea vers la porte extérieure avec Eddy pour le réveiller. Cela s’avéra plus difficile que prévu. Elle dut avoir recours au bouche-à-bouche. Après un long moment d’angoisse, il se réveilla... Les larmes lui coulèrent sur les joues, elle était soulagée...

À l’intérieur, Harry avait appelé les secours et coupé la chaudière pour éviter le « massacre ». Quand les ambulanciers et les médecins furent sur place, ils confirmèrent le diagnostic.

Est-ce la faute à un manque de chance ou veut-on me faire souffrir ? Cette question lui trottait dans la tête. Comment cette chaudière avait-elle pu fuir alors qu’il venait de la faire réviser ? Mais qu’allait-il imaginer là ? C’était impensable ! D’ailleurs, ne savait plus quoi penser. Durant ces quatre derniers mois, sa famille, si nombreuse s’était réduite à deux : son benjamin et lui.

Pauvre homme !

 


 

Malgré le malheur qui s’abattait sur sa famille, Harry voulait continuer à vivre. La seule personne pour qui il se battait encore, c’était Eddy. Il avait pris l’habitude, maintenant, dès son retour du travail, de s’occuper de son fiston. Il avait décidé de changer et de regarder grandir le dernier de ses garçons. Il pensa même quitter l’entreprise, pour ne plus manœuvrer ces gaz qui étaient impliqués dans chacun des malheurs qui l’avaient frappé. « Accident ! » Le mot sonnait toujours faux à son oreille, les questions le tenaillaient...

Mais ce jeudi, il fut terriblement contrarié de ne pas pouvoir souhaiter la bonne nuit à son petit Eddy : la visite d’un technicien chargé de la surveillance annuelle du système incendie l’avait retardé... Le lendemain, dès son arrivée, le veilleur de nuit lui signala qu’un vol avait été commis dans la réserve. Cela lui parut bizarre, mais il ne s’attarda pas à ce détail, réjoui à l’idée de ce nouveau week-end à partager avec Eddy.

Il se dirigea vers son bureau. Dès qu’il eut refermé la porte derrière lui, il fut projeté violemment vers l’avant. Sa main heurta la touche du parlophone qui le reliait à sa secrétaire. Sa vue se brouilla et il perdit connaissance.

Miss Perley, habituée aux ordres clairs et concis de son supérieur, fut troublée par cet appel sans suite. Elle tenta à son tour d’entrer en communication avec lui, mais en vain. Suspectant un problème technique, elle alla s’enquérir de sa demande. Après avoir poliment frappé à la porte, elle entra et fut aussitôt prise à la gorge par une odeur âcre. Au moment où elle vit que Harry Peeters était étendu sur le sol sans connaissance, Miss Perley alla ouvrit précipitamment les fenêtres et appela les secours. L’équipe médicale de l’usine ne put que constater le décès.

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Dernière mise à jour de cette page le 23/08/2004
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